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Littérature : les textes qui vous font vibrer

 
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Olivier Komnenos
Seigneur

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MessagePosté le: Jeu 1 Jan - 10:29 (2015)    Sujet du message: Littérature : les textes qui vous font vibrer Répondre en citant

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Histoire d'échanger sur les textes, phrases et autres paragraphes qui vous font battre le coeur un peu plus vite rien qu'en les lisant - pas forcément érotiques d'ailleurs.

Et je commence avec un auteur que je juge méconnu (et même profondément massacré par Hollywood dans la plupart des adaptations (pour pas dire toutes) :'( ) : R.E. Howard.
Illustré avec un passage assez célèbre (en anglais malheureusement mais il en existe une très bonne traduction française chez Bragelonne).
Citation:
Know, oh prince, that between the years when the oceans drank Atlantis and the gleaming cities, and the years of the rise of the Sons of Aryas, there was an Age undreamed of, when shining kingdoms lay spread across the world like blue mantles beneath the stars—Nemedia, Ophir, Brythunia, Hyperborea, Zamora with its dark-haired women and towers of spider-haunted mystery, Zingara with its chivalry, Koth that bordered on the pastoral lands of Shem, Stygia with its shadow-guarded tombs, Hyrkania whose riders wore steel and silk and gold. But the proudest kingdom of the world was Aquilonia, reigning supreme in the dreaming west.


Et pour ceux qui n'associeraient cette citation qu'aux barbares musculeux amateurs de string léopard, un autre extrait dans un registre assez différent.

Citation:
The weeping grew nearer as he advanced, and lifting his torch he made out a vague shape in the shadows. Stepping closer, he halted in sudden horror at the amorphic bulk which sprawled before him. Its unstable outlines somewhat suggested an octopus, but its malformed tentacles were too short for its size, and its substance was a quaking, jelly-like stuff which made him physically sick to look at. From among this loathsome gelid mass reared up a frog-like head, and he was frozen with nauseated horror to realize that the sound of weeping was coming from those obscene blubbery lips. The noise changed to an abominable high-pitched tittering as the great unstable eyes of the monstrosity rested on him, and it hitched its quaking bulk toward him. He backed away and fled up the tunnel, not trusting his sword. The creature might be composed of terrestrial matter, but it shook his very soul to look upon it, and he doubted the power of man-made weapons to harm it. For a short distance he heard it flopping and floundering after him, screaming with horrible laughter. The unmistakably human note in its mirth almost staggered his reason. It was exactly such laughter as he had heard bubble obscenely from the fat lips of the salacious women of Shadizar, City of Wickedness, when captive girls were stripped naked on the public auction block.
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Elliana d'Arkande
Seigneur

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MessagePosté le: Ven 2 Jan - 06:25 (2015)    Sujet du message: Littérature : les textes qui vous font vibrer Répondre en citant

Dans un autre registre moins poétique, voici du Jean Teulé...Cru à souhait mais tellement délicieux à lire, si je puis m'exprimer ainsi.
Une vision glauque(mais vraie) d'un moyen âge sordide.

Citation:
François Villon a offert sa douce Isabelle à la pire bande d’écorcheurs et de pilleurs de l’époque, les Compagnons de la Coquille, afin d’intégrer leur ignoble confrérie. Ces barbares ont sauvagement abusé d’elle et l’ont définitivement salie aux yeux de tous. En signe de pénitence, la pauvre fille décide de s’enfermer dans une loge de recluse au cimetière des Innocents de Paris.

[…]

Jamais je n’oublierai cette image d’Isabelle qu’on emmure à l’aube au réclusoir des Innocents… Dimenche Le Loup, devenu maître marguillier – en manches relevées, tablier, calot sur ses cheveux frisés – finit d’élever une maçonnerie derrière mon amour qu’il enferme dans un petit réduit où elle ne pourra que se tenir debout ou s’asseoir sur un banc de pierre, jamais se coucher, jusqu’à la fin de ses jours.


-Elle va pisser, chier sous elle, se noyer dans sa merde, me rappelle Dogis qui n’est pas un poète.

-Des passants charitables déposeront de la nourriture entre les barreaux des ouvertures, glisseront des couvertures en hiver…, soupire Guy qui voit les choses autrement. Certaines résistent longtemps. Regarde, là, Jeanne la Verrière, quarante ans qu’elle est dans sa loge.

Je n’en reviens pas. « Quarante années de solitude au cimetière dans une tombe pour vivante par tous les temps, pluie, vent, neige, nuit et jour… »

Le rouquin Robin croit me consoler en précisant que :

-Rares sont celles qui tiennent autant. Passé les premières années, elles meurent presque toutes de folie là-dedans. Ce que je ne sais pas, c’est quand l’une d’elles claque et qu’on détruit sa loge, que fait-on du corps ?

Nous sommes tous les trois en retrait de cette cérémonie comparable à une prise de voile. Un évêque dans sa tenue d’apparat, crosse liturgique à la main, marmonne des choses en latin, bénit la cellule d’Isabelle qui a décidé de s’astreindre à cette… (vie ?)

Entre un apprenti qui présente les dernières pierres à sceller et un ouvrier qui verse du mortier dans une bassine, Dimenche Le Loup manie la truelle devant Isabelle qui me regarde. Elle est coiffée d’un simple voile. La brûlure d’une fleur de lys décore sa gorge. Sa mère décomposée, près de l’évêque, tourne la tête vers moi qui me recule derrière la loge de Renée de Vendômois (vingt et un ans de présence) à côté de celle où, depuis douze ans, est enfermée Alix la Bourgotte.

Le ciel est irréel, vert avec des lueurs roses. Des bourgeois se décoiffent, impressionnés par cet étrange renoncement. Un enfant de chœur se retourne vers une femme qui s’agenouille :

-Le doux Jésus la mette au Paradis.

Un sergent qui lorgnait dans ma direction baisse la tête vers elle. J’en profite pour m’éclipser, dis à Guy en lui tendant un papier :

-Je sais bien que Dimenche ne veut plus me voir mais toi, peux-tu lui demander de graver ces lignes, ce soir, sur un des murs de la cellule ?...

La nuit venant, guettant partout les gens du roi et frôlant les murs, je reviens aux Saints-Innocents vers les loges des recluses volontaires – mortes vivantes. J’avance sans bruit entre ces femmes désespérées, m’adosse à la cellule d’une Jeanne la Verrière que le temps a presque minéralisée dans son chagrin d’amour.

Je contemple le dos de celui qui ne veut plus être mon ami – Dimenche. Brandon enflammé, planté à sa gauche dans le sol, il grave et recopie le rondeau écrit sur une feuille de papier posée devant ses genoux parmi les débris d’ossements. À chaque coup de maillet sur son ciseau, sa chevelure frisée ébroue un peu de poudre de pierre qu’une brise apporte à mes narines. Je sais qu’il sent ma présence derrière lui mais, quand il a terminé, il se lève, ramasse son matériel, son brandon et s’en va avant le couvre-feu.

Maintenant, la nuit est tout à fait noire et Notre-Dame-des-Bois, au centre de la nécropole, n’éclaire pas jusqu’au réclusoir. Je m’approche, à tâtons, de la loge d’Isabelle de Bruyère. Je pose une oreille contre un des murs et l’entends respirer. Je me laisse glisser, en silence, le long de la paroi et guette des bruits de ses vêtements. Assis par terre sur des échardes de cubitus et des molaires, je passe la nuit tout près d’elle. Elle sait que je suis là et ne dort pas. Je glisse une paume le long du mur comme une caresse et sens, creusé dans la pierre, le tracé des lettres de mon rondeau que je relis du bout des doigts.


Mort, j’appelle de ta rigueur,

Qui m’a ma maîtresse ravie

Et n’est pas encore assouvie

Si tu ne me tiens qu’en langueur…




Oncques puis n’eut force, vigueur.

Mais que te nuisait-elle en vie ?

Mort (j’appelle de ta rigueur

Qui m’a ma maîtresse ravie).




Deux étions et n’avions qu’un cœur :

S’il est mort, force est que dévie

Voire que je vive sans vie

Comme les images, par cœur.




Mort (j’appelle de ta rigueur,

Qui m’a ma maîtresse ravie,

Et n’est pas encore assouvie,

Si tu ne me tiens qu’en langueur).




[…]




Extrait du livre : « Je, François Villon » de Jean Teulé, éd. Pocket, pages 229 à 233.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:31 (2017)    Sujet du message: Littérature : les textes qui vous font vibrer

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